Ma place est au NPA plus que jamais

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Cet article a été écrit le dimanche 18 juillet 2010. This article was written on Sunday, July 18th, 2010.
Je m’étais inscrit aux rencontres internationales de jeunes organisées par la 4ème internationale. J’ai renoncé à y participer suite à 2 réunions avec 4 membres de la direction du secteur jeune du NPA. Ils m’ont dit qu’ils n’ont ni les moyens administratifs ni les moyens physiques de m’empêcher d’y aller mais que ma présence n’est pas souhaitable pour le bien de l’ensemble des camarades compte tenu des événements récents, notamment mon passage sur TF1 et également à cause de certains propos tenus sur mon blog et dans des interviews. Une dirigeante m’a traité comme un dangereux criminel, elle a dit qu’elle aurait l’oeil sur moi et qu’au moindre problème, je repartirais en avion à mes frais. Elle a ajouté que je n’aurais pas intérêt de me rapprocher d’une camarade. Les autres ont ajouté qu’ils ne me faisaient plus confiance politiquement. Ils ont également dit que si ça ne tenait qu’à eux, mon appartenance au NPA aurait été remise en question. Un dirigeant a prétendu qu’ils avaient eu des hésitations alors que leurs discours étaient bien péremptoires. J’aurais sincèrement voulu être mêlé aux discussions avec les autres camarades au lieu de me retrouver face à 4 interlocuteurs déjà tombés d’accord sur l’issue à mon humble avis (je peux me tromper mais c’est la perception que j’ai eu). The English translation will be available soon.
Si j’étais allé à ces rencontres internationales de jeunes, je ne sais pas si les camarades auraient passé un mauvais moment mais ça aurait été mon cas parce que je me serais senti attendu au virage et fliqué alors que ma participation en 2006 n’avait posé aucun problème (non, afficher « I’m single » sur mon T-shirt pendant 30 minutes suite à un pari stupide avec un camarade n’est pas un drame, la Terre ne va pas arrêter de tourner pour si peu). J’ai essayé de déminer le terrain, en vain. J’ai essayé de rassurer mes camarades mais j’ai eu l’impression que c’était déjà décidé. En gros, j’aurais pu venir mais on m’avait promis de me pourrir ce moment politique enrichissant en me surveillant à outrance. Non, je ne veux pas participer à des échanges politiques en ayant l’impression que j’ai un couteau sous la gorge. Non, je ne pense pas qu’un camarade assis à côté de moi pendant tout le trajet aurait passé un moment très désagréable. Non, je ne veux pas me déplacer dans le camp en ayant l’impression que j’ai un pistolet pointé sur la tempe. Non, je ne veux pas que mes faits et gestes soient scrutés comme si j’étais un rat de laboratoire dans une cage.
J’ai été accusé de machisme, de virilisme et de déni de classe. Ma participation à ce genre de programme a elle aussi été dénoncée comme étant contraire à tous nos principes.
Ma mauvaise blague « grands pieds, gros nez, grande … » a été qualifiée de propos viriliste alors que c’était simplement une blague d’un goût douteux à prendre au second degré.
Quand j’avais parlé de « trouver une nenette » dans l’émission, bien évidemment c’était à prendre avec une pointe de second degré et non comme un propos machiste sachant que je ne vois pas l’amour comme un rapport de domination.
Les 2 passages sur la serveuse sont à relativiser, ce que j’avais dit était particulièrement nul, le montage avait accentué le trait en ôtant toute nuance à mon propos. J’avais quand même présenté mes excuses aux syndicats de salariés du secteur par email. Je trouve donc que l’accusation de déni de classe ne tient pas la route quand on me connaît puisque je viens d’un milieu modeste, mon père est cuisinier et j’ai déjà fait la plonge. Je n’ai aucun intérêt à torpiller ma classe sociale et le secteur d’activité dans lequel travaillent mon père et ma belle-mère. A un moment donné, il faut comprendre qu’un être humain soumis à une forte pression puisse déraper, se tromper est humain. Si le NPA veut des militants qui ne se trompent jamais, qu’ils se paient des automates, ce sera plus simple.
Mon blog est très cru par endroit, certaines chroniques peuvent choquer les âmes sensibles. J’ai aussi un humour qui peut paraître déplacé, c’est pourquoi j’ai retiré certaines blagues pas très fines qui pouvaient heurter certaines catégories de personnes. Je ne suis pas là pour alimenter des discriminations. J’ai été coopératif. Quand un camarade du NPA m’a appelé pour me dire que certains de mes vieux articles contenaient des propos qui pouvaient être mal pris, j’ai fait le ménage, je n’ai pas cherché à défendre mon bout de gras.
Une de mes phrases laissait entendre que je prenais le NPA pour un terrain de chasse, je l’ai retirée parce que je l’ai trouvée ambiguë (et pour tenir compte d’une remarque d’une camarade). J’aimerais rencontrer quelqu’un dans le cadre de mes activités de tous les jours, au boulot, quand je milite, quand je fais du sport, quand je sors en soirée mais ça ne veut pas dire que je fais tout ça uniquement pour trouver l’amour bien évidemment. Où est le mal?
Je dois avouer que le recours au champ lexical de la chasse dans l’émission comme dans ce blog peut choquer et dérouter. En aucun cas il ne reflète une propension à dominer les femmes. C’est plutôt parfois de l’auto-dérision, souvent une manifestation de ma souffrance et l’expression de la violence à l’intérieur de la gent masculine (je pense à la compétition entre les hommes) dans une société encore pleine de préjugés contre les roux. On ne peut pas briser tous les schémas malsains de la société capitaliste en un seul jour.
Je suis déçu par l’attitude de certains camarades. Je suis joignable; si certains propos tenus sur mon blog, sur Twitter, dans les interviews ou à la télévision posaient problème, ils n’avaient qu’à m’en parler. J’estime que je n’ai pas eu le droit à l’erreur et qu’ils n’ont que très peu de recul sur tout ça. Je regrette d’avoir participé à 2 émissions de télé-réalité, j’en ai surtout retiré des ennuis. Au-delà de ça, elles sont vectrices de valeurs qui ne sont pas les nôtres comme la compétition (entre les participants par l’exacerbation des tensions), le conformisme (en défendant une conception normée de la beauté ce qui est discriminatoire), le sexisme (en rangeant les hommes et les femmes dans des « rôles » stéréotypés et en les mettant dans des situations de reproduction du schéma patriarcal), la primauté du paraître sur l’être, etc…. La télévision reste un outil de propagande au service du capitalisme et ce qui en sort ne doit pas être pris au pied de la lettre, loin de là. J’aurais dû m’attendre à ce que pas grand chose de bon ne sorte de tout ça comme je ne regarde plus la télévision depuis quelques années par dégoût. J’ai été crédule de penser que je participerais vraiment à une émission de débats autour du célibat à l’heure actuelle. Je n’ai jamais cherché à faire la promotion de ces émissions ni celle de TF1, bien au contraire. J’avais pensé un instant que la diffusion serait un moment de rigolade et j’avais prévenu mon entourage, ça s’arrête là. J’aurais dû discuter avec mes camarades de mon éventuelle participation à ce genre de programme et prendre la décision avec eux ce que je n’ai pas fait alors que ça a des conséquences sur le NPA, ce fut égoïste de ma part, je m’en veux, j’en suis profondément désolé. Au quotidien, dans le militantisme, je n’ai pas tenu des propos sexistes ni des propos de déni de classe, c’est ça et rien d’autre qui aurait dû être pris en compte. La décision de me décourager ou pas de venir au camp de jeunes aurait dû s’appuyer non pas sur une interprétation assez discutable de mes propos tenus sur divers supports mais plutôt sur des discussions permettant de vérifier si oui ou non les idées que je défends face aux militants sans l’ambiguïté du support sont compatibles avec mon appartenance au NPA. D’ailleurs, un membre de la direction du NPA avec lequel j’avais milité sur Paris m’a rappelé vendredi soir que j’ai bien toute ma place dans notre parti, n’en déplaisent à certains.
Mes proches, mes amis, mes camarades militants organisés ou pas, ont parfois été choqués par certains de mes propos à la télévision et sur ce blog mais j’ai calmé le jeu par le dialogue parce que dans le fond, je ne suis pas un monstre, je suis un être humain; ils me connaissent, ils savent faire la part des choses et ils ont eu le courage de me parler en toute franchise de ce qui leur avait posé problème contrairement à d’autres qui ont préféré aller pleurer dans les jupons de la direction (c’est tellement plus facile).
J’ai décidé de ne pas aller dans ce camp de jeunes parce que je comprends que je ne suis pas capable de me défendre face à une délégation de 160 militants montés à bloc contre moi. C’est un échec pour moi et c’est surtout un échec pour eux qui ne semblent pas capables d’une part de prendre du recul par rapport à la télévision et d’autre part de vérifier brièvement par le dialogue que je suis bien anti-capitaliste, anti-colonialiste, anti-raciste, anti-machiste, etc… Jusqu’à preuve du contraire, j’ai participé à de nombreux mouvements notamment contre le CPE, contre la LRU, contre la casse du CNRS, contre la réforme des retraites, etc… comme ce blog en témoigne. J’avais même lancé un appel à manifester lors de la journée nationale de mobilisation du 27 mai pour l’emploi, les salaires et les retraites sur Fun Radio. Après la diffusion de l’émission, j’ai dû me battre, j’ai dû me justifier, j’ai eu beaucoup de mal à montrer la personne que je suis et à faire oublier le personnage construit par la production. Je vois que je ne suis toujours pas au bout de mes peines.
Je me « sacrifie » pour des jeunes gens un peu lâches avec lesquels je ne veux plus militer. On ne me fera pas croire qu’envoyer un email du style « Ecoute Julien, ton propos m’a offusqué… c’est incompatible avec les valeurs que défend le NPA parce que … » demande un effort phénoménal. A un moment donné, échanger, communiquer, débattre, c’est penser que l’homme peut profondément changer, que personne n’est irrécupérable et que chacun peut se tromper. Je pense que ce n’est pas une valeur acquise pour certains militants qui ont fait le choix de m’éviter comme si j’étais un paria.
Désolé, cela peut paraître assez puérile mais je pense que certains feraient mieux de faire le ménage chez eux avant de venir me chercher des poux. Ne m’en voulez pas d’être sur des sites de rencontres, je ne suis pas le seul militant NPA dans ce cas, je pense notamment à une de nos têtes de liste aux élections régionales qui avait son profil sur AdopteUnMec.
Olivier Besancenot, porte-parole national du NPA, Myriam Martin, membre du comité exécutif du NPA ont écrit ici:
« 37,5 annuités pour tous et toutes ».
Si j’étais tatillon, je pourrais considérer que mettre le masculin avant le féminin est une forme de sexisme. Cela montre bien qu’il est très facile de sortir des propos de leur contexte, d’en tirer des conclusions et de s’appuyer là-dessus pour demander à un camarade de ne pas participer aux rencontres internationales de jeunes. Cependant, il y a 2 poids 2 mesures, un simple militant de base n’est pas traité de la même façon qu’une tête de liste, un porte-parole ou un membre du comité exécutif.
Enfin, à ceux qui se prennent pour les messieurs Propre de la politique, n’oubliez pas de prendre de quoi aseptiser le camp. N’oubliez pas à l’avenir de fouiller tous les blogs, tous les podcasts, toutes les vidéos, tous les fils de discussion, toutes les pages Facebook, tous les comptes Twitter… histoire de vérifier que les participants sont bien de purs révolutionnaires. Ainsi, vous finirez tous seuls dans votre joli camp. Le NPA parle de « menace du brevet logiciel » et pourtant, il utilise allègrement des logiciels propriétaires d’Adobe (Adobe Indesign, logiciel de PAO), d’Apple et surtout de Microsoft qui font partie de la Business Software Alliance qui milite pour le principe de brevet logiciel. Drupal et SPIP, c’est juste pour avoir une caution « libriste ».
Histoire d’aller au bout de vos contradictions, n’oubliez pas de demander du maïs OGM à Monsanto qui défend le brevetage du vivant, je suis sûr que ça ira très bien en entrée avant le plat de pâtes. Je ne vous en voudrai pas car nous avons toutes et tous nos contradictions chers camarades du NPA.
Charité bien ordonnée commence par soi-même. A bon entendeur.
P.S : Il est désormais impossible de commenter ce blog. Je n’apprécie pas qu’on transforme des désaccords de forme en désaccords de fond, je ne veux pas non plus devoir me justifier concernant des commentaires que je n’ai pas écrits. J’en ai déjà assez bavé.
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Auteur : Julien Gouesse Author: Julien Gouesse

A propos gouessej

Ingénieur en informatique, militant politique d'extrême-gauche, développeur de logiciels libres multi-plateformes. Engineer in computer science, far left-wing political activist, developer of free open source cross-platform softwares.
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